Voici un nouveau partage de mon papa. Cette fois-ci, Jacques vous emmène avec lui en voyage au japon à la découverte des Haïkus. Cette découverte poétique ce fera en deux parties, je vous donne donc rendez-vous vendredi prochain pour la suite. Je lui laisse la parole et vous rappelle que vous avez la possibilité de vous exprimer aussi sur le sujet de votre choix. Pour cela n’hésitez pas à m’envoyer vos textes à devousama@gmail.com.

A partir du Xème siècle au Japon nait une forme de poème (issue du waka ou tanka et de ses déclinaisons) qui deviendra un grand courant de culture et d’expression du génie nippon tout au long des siècles suivants : le haïku, connu en occident comme le poème court japonais. Dans sa forme classique le haïku se compose de trois vers de de cinq, sept, cinq syllabes. Cette forme initiale s’est maintenue jusqu’à nos jours  avec en développement parallèle une variante : le « muki » ou haïku de forme libre pour lequel la règle 5,7,5 et l’usage du « kigo » ou mot-saison calligraphié (sans équivalent dans les langues « linéaires » occidentales) ne seront pas obligatoirement utilisés. Le haïku est la voie la plus prisée pour faire passer le « yûgen », l’essence même  de la poésie au Japon, l’art de suggérer les sentiments ou les émotions sans les nommer ni les décrire.

Le haïku est un art populaire, comique et rafraîchissant, une poésie pour tous facilement maitrisable, légère, divertissante, malicieuse, humoristique, dérisoire, illusoire … mais pleine d’un fort équilibre et d’une savoureuse pertinence et c’est pourquoi elle a attiré très tôt les plus grands esprits, les plus fins lettrés, les plus érudits penseurs, les plus inspirés des poètes et des écrivains qui dans leur intelligente sensibilité l’ont confirmée au fils des ans dans la forme simple de ses origines, lui gardant ainsi toute sa sève. Le haïku est un exutoire au négatif latent en chacun de nous. Qui, en effet, aurait idée de s’en servir pour exprimer de la haine, pour critiquer, pour discriminer, pour abaisser,… ? Je n’ai jamais lu, ni trouvé un haïku malveillant. Il est un écrin pour la compassion, pour la joie de vivre, pour l’empathie, pour sublimer… Bien que lié au culte shintoïste à ses origines, il est devenu une magnifique expression de la « voie du milieu »,  grand pilier du bouddhisme tout autant que celle du principe suprême dans le Tao ou de l’art de la maîtrise dans le Zen (qui dans son refus du conformisme, de l’intellectualisme, du verbalisme a trouvé tout naturellement dans le haïku une « coïncidence d’esprit »; je dirais même son expression la plus exacte.  

Un haïku ne doit pas être plus long qu’une respiration, c’est « une salve contre l’habitude », « un ravissement soudain dans l’imprévisible », « une sorte de balafre légère tracée dans le temps », « un éclair endormi ». Il réussit à exprimer dans un  minimum de mots ce que l’encre suscite en quelques traits de pinceau dans la calligraphie; un moment unique, un instant de lumière, un « wake-up call ».  L’un comme l’autre, ils naissent d’un même souffle, d’un même élan, au terme d’un fort recueillement… et, à peine exprimé, aussitôt effacé. Toutefois, dans ses traductions dans une langue occidentale, il perd de la fluidité, que lui confèrent sa langue « maternelle » et les richesses de sens, de formes et de tournures qu’offrent la calligraphie. Selon Bashô un haïku achevé doit révéler, dans le même temps, l’immuable, l’éternité qui nous déborde (fueki) et le fugitif, l’éphémère qui nous traverse (ryûko), l’observation objective de la nature (kachô-fuei) sans oublier la « folie poétique » (fukyo). Simplicité, sérénité, solitude (sabi) ainsi que beauté dépouillée en accord avec la nature (wabi) sans oublier sincérité, légèreté, objectivité, tendresse à l’endroit des créatures vivantes sont la source même de l’esthétique japonaise qui gouverne le haïku. Le haïku est donc un poème et en tant que tel, une des multiples variantes de l’expression de la pensée, de la transcription du langage qui vise à suggérer, à faire surgir l’image, à faire jaillir l’émotion, à révéler l’état d’âme du moment… C’en est presque un exercice spirituel dans sa mise à nu de l’essentiel !

Ci-dessous, quelques haïkus que je trouve les plus représentatifs,  de maîtres connus :

Epargne-la                                                                                                                       

cette mouche qui prie

mains jointes et pieds joints

Kobayashi Issa

Devant l’éclair

sublime est celui

qui ne sait rien

Matsuo Bashô

Les montagnes au loin

reflet dans les prunelles

d’une libellule

Buson

Nuit sans fin

je pense

à ce qui viendra dans dix mille ans

Masaoka Shiki

Sur la pointe d’une herbe

devant l’infini du ciel

une fourmi

Hôsai

Au clair de lune

je laisse ma barque

pour entrer dans le ciel

Koda Rohan

Ah ! le rossignol

son chant m’a sorti d’un rêve

le riz du matin

Ryokan

Et un petit clin d’œil à une « haïkiste » (c’était – un courant plus ouvert se dessine – un monde d’hommes où, hélas, la sensibilité féminine n’avait pas trouvé sa place) :

Ils cambrent leurs pétales

de blancheur

les chrysanthèmes de lune !

Sujita Hisajo

Voilà, certains se diront : « C’est « ça » le haïku ? Cette perle, cette pépite du langage ? ». Et oui, il paraît un peu anodin dans sa concision, un peu bref comparé à nos poèmes en strophes, un peu sobre au regard de l’emphase de certains de nos vers… mais c’est justement cette brièveté, ce dépouillement, cette « humilité » dirais-je, qui en font toute la beauté. Il oblige à aller à l’essentiel, à se débarrasser des fioritures ; il est une bénéfique « mise-à-nu » de l’écriture… Un bel exercice pour les sens et pour l’esprit.

Chère lectrice, cher lecteur, je souhaite de tout cœur avoir suscité chez toi une envie de mieux connaitre ce sympathique poème court japonais, d’aller « y voir d’un peu plus près »… Voici donc deux web sites utiles pour rapidement t’en faire une idée plus précise :

www.afhaiku.org  –  Le site de l’Association Française de Haïkus

www.tempslibres.org  –  Le site en français et en anglais de Serge Tomé éditeur de haïkus sur le web.

…et puis si tu tapes  « haïku », tous les moteurs de recherche te propulseront sur la planète haïku peuplée de passionnés enthousiastes ! Bonne découverte !

Jacques dit MPH

Marion

Bienvenue sur le blog lifestyle optimiste "De vous à Ma".
Moi c'est MArion, 32 ans, je vis à Grenoble, je suis hôtesse d'accueil depuis bientôt 3 ans et j'adore mon job. Je partage mon quotidien avec Indi (mon chien) et Kuka (ma chatte). #thesinglelife
Je me passionne pour le fitness, le yoga, la lecture et l'écriture, le make-up, le skin care, la musique, les fringues, et les séries télé entre autre.

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Loula
Loula
3 mois il y a

Super intéressant !!

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